Le Dulcimer des Appalaches

Voir la vidéo de l’épisode :

 

Dulcimer 55712 Front.jpgComme précisé dans mon article sur le dulcimer hammered, le mot « dulcimer » était, à l’époque, utilisé à tort et à travers pour désigner plusieurs instruments semblables. Mais ce dernier, pourtant différent aussi bien sur la forme, le son que le style de jeu en a souffert.

Bien qu’au XIXème siècle l’on ait rajouté des mots pour mieux les différencier, comme hammered pour l’instrument précédent ou Appalaches pour celui-ci, cela n’empêchera en rien ce mélange constant. Ce qui rend les recherches assez compliquées.

Le appalachian dulcimer fait parti de la famille des cithares sur table et c’est un instrument à cordes pincées.

Nous allons donc rester dans la musique traditionnelle et folklorique car, en plus d’un nom commun, ils sont nés à peu près à la même époque.

Pour couronner le tout, le dulcimer des Appalaches souffre également d’une confusion sur ses origines.

La lutherie de l’instrument :

Le dulcimer des Appalaches est physiquement un mélange entre la guitare et le violon.
Il possède deux formes : une de type sablier et l’autre de type goutte d’eau.Dulcimershapes.jpg

Otellohead-med.jpgLa tête de l’instrument possède généralement une volute, comme pour un violon, mais elle peut être également plus plate comme sur la guitare.
Bien entendu, tout comme ces deux instruments, certains luthiers peuvent se permettre de sophistiquer sa tête pour créer ainsi de véritables œuvres d’art.dulcimer-satyr-head

Le manche de l’instrument comporte des frettes et il est entièrement intégré dans la caisse de résonnance. Caisse pouvant avoir de 2 à 4 ouïes.

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Selon les versions il possède 3 à 4 cordes dont deux cordes bourdons qui produisent continuellement la même note ou le même accord.
Ainsi qu’une à deux cordes chanterelles sur lesquelles on va poser les doigts de la main gauche pour changer les notes et ainsi créer la mélodie.

Nous pouvons retrouver cette notion de bourdon dans la cornemuse, de ce fait le Appalachian Dulcimer peut être qualifié de « cornemuse à cordes grattées ».

Ses origines :

Tout comme le Hammered, le Dulcimer des Appalaches puise ses origines au moyen-âge, c’est un instrument d’origine Celte.

Petit rappel sur ces différents territoires d’Europe Occidentale présentés comme celtiques. Nous y retrouvons les pays suivants :

La Bretagne, l’Irlande, l’Ecosse, les Pays de Galles, les Cornouailles, l’Asturies, la Galice et l’île de Mans… Mais aussi la Belgique, la Hongrie et l’Allemagne… qui jadis l’étaient également.

Son nom Celte semble avoir disparu et on lui donna rapidement un mot  pour le désigner tiré du vieux français « La doulcemelle » traduit par les anglo-saxons en « Dulcimer ».

Et oui, l’Appalachian Dulcimer a été rangé très rapidement dans la même case que le Hammered Dulcimer. D’où cette confusion et ce casse tête constant pour démêler l’un de l’autre.

carte_appalaches.jpgC’est lors de son exportation aux Etats-Unis que l’instrument connu un nouvel intérêt , plus particulièrement dans la chaîne de montagne américaine et canadienne nommée les Appalaches. C’est là-bas qu’il acquit la deuxième partie de son nom : Appalachian Dulcimer ou Mountain Dulcimer.
Donc non, historiquement parlant cet instrument n’est pas américain, comme on a tendance à le croire de nos jours, mais bel et bien européen.

Le Dulcimer des Appalaches possède également de nombreux cousins retrouvés en France, Norvège, Suède, etc.
Ils sont reliés par leurs similitudes. En effet, ils se pratiquent tous à plat sur les genoux ou sur une table et il possèdent tous des cordes bourdons, des frettes sous les chanterelles et se pratiquent de la même manière.maxresdefault.jpg

On peut alors retrouver, pour le plus proche d’entre eux, l’épinette des Vosges.rangee_d_epinettes.jpg

Mais également le Scheitcholt allemand, le langeleik de Norvège, le humle (hummel) de Scandinavie, La citera de Hongrie et la Cithare autrichienne.cithare autrichienne.jpg

D’une certaine manière, le plus rustique de tous ces instruments reste le Dulcimer des Appalaches. Cependant, il est le seul à posséder des frettes sous les cordes bourdons proposant ainsi une possibilité sonore plus diversifiée.

A partir du XVIIème siècle, l’intérêt pour le Dulcimer diminua, si bien qu’il disparu quasiment d’Europe.

Toute l’Europe ? Non, en centre-Bretagne quelques irréductibles Bretons continuèrent à perpétuer cette tradition en déclin allant même jusqu’à oublier son propre nom.

On continuait à y construire un instrument, considéré comme un jouet d’enfant, avec des moyens modestes. Une sorte de dulcimer rustique, sur lequel on jouait des airs traditionnels.

Mais à l’époque la population favorisait plutôt des instruments plus sonores pour animer les messes et mariages comme l’orgue, le biniou ou la bombarde.
Personne ne s’intéressait vraiment à ce Dulcimer monté de façon artisanale et au faible volume sonore plutôt classé comme étant un instrument de « paysan ».

Il doit sa survie aux grandes migrations de population européennes, majoritairement rurale, vers les états unis dans la période de 1700 à 1850 environ.

Il s’y développa principalement dans la montagne des Appalaches de 1850 à 1940 grâce à deux luthiers : J. Edward Thomas et C.P. Pritchard qui contribuèrent à sa diffusion et sa commercialisation de 1871 à 1930.

C’est à la fin du XIXème siècle que le succès du dulcimer s’agrandit grâce à la naissance du style « Folk-rock », une musique électrique, jeune et populaire basée sur les racines traditionnelles européennes.
De ce fait, dans les années 50, le Dulcimer fût intégré à cette nouvelle scène lui donnant ainsi une renommée nationale, voire internationale.

De part son succès grandissant, le Dulcimer fût remis au gout du jour permettant ainsi de reprendre la lutherie de l’instrument en le retravaillant et en l’améliorant pour affiner ses capacités musicales.
Des cordes furent parfois rajoutées  pour diversifier la possibilité de création sonore et un cordage spécial pour Dulcimer fût créé.
De nouvelles techniques de jeu apparurent et le répertoire s’élargit en accueillant non seulement des musiques traditionnelles mais également, par exemple, du gospel, du blues ou encore du rock.

Sa pratique dans la musique actuelle :

Le Dulcimer des Appalaches a connu, à nouveau, une certaine reconnaissance en France, grâce à la popularisation de cet instrument par plusieurs musiciens Bretons.

32521_419733840934_7526323_n.jpgCristian Huet fait parti des principaux protagonistes militant pour la reconnaissance et l’évolution du Dulcimer dans notre cher pays.
Par tradition familiale, il le pratique depuis son plus jeune âge puisque son grand-père et son père en fabriquaient.

Il entreprit en solo une tournée totalement improvisée en Bretagne avec, comme seul instrument, un Dulcimer. Tournée reçue très positivement par le public Breton. Depuis, il a monté son propre groupe de musique celtique nommé le Celtet où le dulcimer reste toujours autant présent.

download.phpGabriel Yacoub, poly-instrmentiste, intégrera de 1971 à 1973 la formation de Allan Stivell où il y pratiquera le Dulcimer ainsi que la guitare, le banjo et le chant.

Par la suite, il formera en septembre 73, avec l’aide de Marie Sauvet, également joueuse de Dulcimer, le groupe Malicorne interprétant ainsi d’une manière originale, personnelle et actuelle; des airs et chansons empruntés au répertoire traditionnel.

Etant donné que le Dulcimer des appalaches doit son nouveau souffle à la vague de musique folk rock, nous le rencontrons dans plusieurs groupes connus.

Peter-Buck(R.E.M.).jpgPeter Buck, guitariste de l’ancien groupe de rock alternatif R.E.M., formé en 1980 et séparé en 2011, est également un joueur de Dulcimer des Appalaches.

 

 

 

81BoCeFQ8dL._SL1417_.jpgLe multi-instrumentiste et membre fondateur du célèbre groupe de hard rock Led Zeppelin, Jimmy Page, pratique lui aussi le Mountain Dulcimer. D’ailleurs vous pouvez entendre l’instrument dans l’album Led Zeppelin III Deluxe Edition, dans un nouveau mix de la chanson « That’s the way »

rs-7921-121110-rollingstones-39-rect-1352696757.jpgEt pour terminer, le regretté Brian Jones ancien membre fondateur des Rolling Stones et multi-instrumentiste pratiquait aussi le Dulcimer, vous pouvez l’entendre dans la chanson « Lady Jane » et « I am Waiting » des Stones.

 

Conclusion et remerciements :

L’appalachian dulcimer et le dulcimer hammered sont donc des faux amis et c’est à cause de cette approximation historique que la définition du « Dulcimer » reste un sujet à controverse.
Quoi qu’il en soit, se sont deux instruments aussi magnifiques l’un que l’autre et ils méritent tous les deux de se faire connaître.

Je tiens à remercier monsieur Cristian Huet qui m’a grandement aidé à l’élaboration de l’article sur le dulcimer hammered et l’appalachian dulcimer, en corrigeant mes recherches et en m’apportant de précieuses informations.
Vous pouvez retrouver des informations complémentaires sur son site web http://cristianhuet.free.fr/

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dulcimer
http://cristianhuet.free.fr/new-site-huet-dulcimer.html
http://epinette.free.fr/historique.php
http://musiconis.blogspot.fr/search?updated-min=2014-01-01T00:00:00%2B01:00&updated-max=2015-01-01T00:00:00%2B01:00&max-results=10
http://musiconis.blogspot.fr/2014_05_01_archive.html
http://dulcimers.com/festival.html
http://dulcimer.org.uk/index.html
http://www.sonerezh.net/dulcimer.html
http://www.cordaphone.com/histoire.htm
http://guides.berea.edu/dulcimer2
http://www.critianhuet.free.fr

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